ETF Monde : L’illusion de la diversification ?

Investir sur un ETF action est une excellente solution pour surclasser le Livret A. Pourtant, les marchés mondiaux font face à un niveau de concentration historique, tant sur le plan géographique que sur celui des valeurs. Les investisseurs ont-ils pleinement conscience des risques associés ?

Dans cet épisode de L’Équation, Yohann Derbyshire, responsable des investissements chez Carat Capital et Hedon Family Office, décrypte les risques cachés de la gestion passive et livre ses stratégies pour diversifier activement son portefeuille.

Au programme de cet épisode :

👉 L’hégémonie américaine : Comprendre pourquoi les États-Unis concentrent désormais 70 % des indices mondiaux, portés par l’essor de la tech et de l’IA

👉 Le pari des « Magnificent 7 » : Pourquoi la performance de votre ETF Monde dépend en réalité de l’exécution d’à peine 5 à 10 géants de la tech (Nvidia, Apple, Microsoft…)

👉 Capter l’IA autrement : Les solutions pour s’exposer à la technologie via la tech européenne (ASML) ou les marchés émergents

👉 L’infrastructure technologique : Comment cibler l’ensemble de la chaîne de valeur, du hardware (semi-conducteurs) aux besoins massifs en électrification

👉 L’art de la décorrélation : L’intérêt d’intégrer des actifs alternatifs comme l’or ou les marchés privés pour immuniser son capital contre un dérapage des actions

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Transcription

Investir sur un ETF actions, c’est forcément mieux que de laisser dormir son argent sur un livret A. Mais attention : aujourd’hui, on arrive dans un contexte de marché très particulier, avec un niveau de concentration sur les marchés mondiaux qui est au plus haut, à la fois sur le plan géographique et sur celui des valeurs. Ce biais de concentration, est-ce que les investisseurs l’assument pleinement ou non ?

Quelques chiffres pour parler de cette concentration. Aujourd’hui, environ 70 % des marchés mondiaux sont investis aux États-Unis. Pour donner une idée, c’était autour de 50 % au début des années 2000. On assiste donc à une concentration silencieuse des marchés mondiaux vers les États-Unis.

Cela s’explique notamment par le poids des grandes valeurs technologiques. La digitalisation de l’économie, puis très récemment l’intelligence artificielle, ont renforcé cette tendance. Au final, ce sont cinq à dix valeurs — les célèbres « Magnificent Seven », avec Nvidia, Apple, Microsoft, etc. — qui portent aujourd’hui cette thématique de la digitalisation et de l’intelligence artificielle.

Quand on investit dans un ETF Monde, cela signifie en réalité que la performance de cet ETF repose largement sur un nombre très limité de sociétés comme Apple, Nvidia ou Microsoft, ces grands géants de la technologie.

Je ne suis pas en train de dire qu’investir dans un ETF Monde est un mauvais choix. Au contraire. Mais il faut se demander si ces sociétés vont continuer à dominer le marché. Je pense que oui, parce que l’intelligence artificielle est une mégatendance tellement forte que ces entreprises continuent à afficher des résultats toujours plus impressionnants. Des valorisations comme celle de Nvidia, qui dépasse désormais les 4 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, pourraient donc continuer à progresser.

En revanche, acheter un ETF Monde revient aussi à faire reposer une grande partie de son investissement sur l’exécution d’un nombre très restreint d’entreprises. Cela soulève une question : si l’une d’elles venait à déraper, quelles seraient les conséquences ?

On peut donc continuer à miser sur cette tendance, mais probablement en l’abordant différemment, en apportant davantage de diversification à son portefeuille.

Il existe plusieurs façons de le faire. D’abord, la technologie ne se résume pas à la technologie américaine. On peut investir dans cette thématique sur les marchés émergents ou en Europe, avec des entreprises comme ASML. Elles sont moins nombreuses, mais elles existent.

Ensuite, on peut investir non seulement dans les grandes valeurs technologiques, mais aussi dans toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. L’IA est extrêmement gourmande en électricité : cela ouvre des opportunités autour de l’électrification, des infrastructures énergétiques ou encore des semi-conducteurs. Là, on est davantage sur le « hardware », c’est-à-dire tout ce qui permet de construire et de faire fonctionner l’intelligence artificielle.

Enfin, on peut aussi chercher d’autres sources de diversification en dehors de cette thématique, notamment avec les marchés privés ou encore l’or. L’idée est de profiter des bénéfices générés par la tendance de l’IA tout en construisant un portefeuille plus résilient face au risque de concentration.

En résumé, on peut continuer à investir dans cette mégatendance qu’est l’intelligence artificielle et dans les grandes valeurs américaines, mais en diversifiant activement son portefeuille, aussi bien vers d’autres secteurs que vers d’autres zones géographiques, comme l’Europe ou les marchés émergents.

Il est également pertinent de créer d’autres poches d’investissement avec des actifs plus décorrélés, comme l’or ou les actifs privés. Diversifier reste le meilleur moyen de réduire cette fragilité systémique. Comme le dit l’adage, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

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